En bref
- Le cerisier est un bonsaï d'extérieur, rustique et caduc : sans hiver au froid, il ne fleurit pas et s'épuise.
- Ses boutons floraux se forment l'été précédent : une taille sévère en hiver supprime la floraison du printemps.
- On taille donc juste après la floraison, puis on pince les pousses en été, par temps sec.
- Le bois des Prunus cicatrise mal : on évite les grosses coupes et on protège chaque plaie importante.
- Le Prunus incisa 'Kojo-no-mai' est l'espèce la plus facile à tenir petit ; le 'cerisier' Prunus mume est en réalité un abricotier.
Le cerisier fait un bonsaï d’une saison : pendant deux à trois semaines au printemps, il éclipse tout le reste. Le reste de l’année, il demande de vivre dehors, de passer un vrai hiver au froid, et d’être taillé au bon moment, parce que ses boutons floraux se forment l’été qui précède. Rater ce calendrier, c’est garder un arbre en bonne santé qui ne fleurit plus.
Quel cerisier se cache derrière le nom
« Cerisier bonsaï » désigne plusieurs arbres du genre Prunus, qui ne se conduisent pas tout à fait de la même façon. Le choix de l’espèce décide de la taille finale de l’arbre et de la difficulté.
| Espèce | Ce qui la distingue | Pour quel bonsaï |
|---|---|---|
| Prunus incisa ‘Kojo-no-mai’ | Port compact, rameaux en zigzag, petites fleurs blanc rosé tôt au printemps | Petits et moyens formats, le plus simple à tenir |
| Prunus serrulata et cultivars (dont ‘Kanzan’) | Le cerisier à fleurs japonais, fleurs souvent doubles et grandes | Grands sujets, les fleurs paraissent vite disproportionnées |
| Prunus avium, le merisier | Cerisier sauvage d’Europe, vigoureux | Arbre de récupération, gros tronc à construire |
| Prunus mume | Vendu comme « cerisier » ou « prunier », c’est un abricotier du Japon | Floraison de fin d’hiver, conduite proche |
Le ‘Kojo-no-mai’ est la variété qu’on recommande pour commencer. Il fleurit jeune, garde naturellement des entre-nœuds courts et ne cherche pas à devenir un grand arbre. Le cerisier du Japon classique est plus spectaculaire en jardin qu’en coupe : ses fleurs restent de la taille de celles d’un grand arbre, ce qui fausse l’échelle d’un petit bonsaï.
Le Prunus mume mérite d’être identifié à l’achat, parce qu’il fleurit bien plus tôt, souvent entre janvier et mars. Ses fleurs précoces craignent alors les gelées, et il faut les protéger lors des nuits froides.
Dehors toute l’année, au froid l’hiver
Le cerisier est un arbre d’extérieur strict. Comme toutes les espèces tempérées, il a besoin d’une période de froid pour entrer en dormance, et ce froid conditionne aussi l’ouverture des boutons floraux au printemps. Un cerisier maintenu au chaud ne fleurit pas, puis s’épuise.
Pendant la saison de croissance, placez-le en plein soleil, avec un peu d’ombre aux heures les plus chaudes de l’été si la coupe est petite. Le soleil de l’été ne sert pas qu’aux feuilles : c’est pendant cette période que l’arbre forme les boutons de l’année suivante. Un cerisier cultivé à mi-ombre végète correctement et fleurit peu.
L’hiver, l’arbre supporte le gel, mais ses racines en pot sont plus exposées que celles d’un arbre en pleine terre. Le risque n’est pas le froid de l’air, c’est le gel prolongé de la motte et le dessèchement qui l’accompagne. Les gestes sont les mêmes que pour les autres feuillus : posez le pot au sol, à l’abri du vent, et suivez notre méthode pour protéger un bonsaï d’extérieur pendant l’hiver.
À la floraison, rien n’interdit de rentrer l’arbre quelques jours dans une pièce fraîche et lumineuse pour en profiter. Au-delà, l’air sec et la chaleur raccourcissent la floraison et affaiblissent l’arbre. Il retourne dehors dès que les fleurs fanent.
Arrosage et engrais : régulier, et prudent pendant la floraison
Un cerisier en pleine végétation boit beaucoup. Au printemps et en été, la motte ne doit jamais sécher complètement : on arrose dès que la surface du substrat est sèche, ce qui peut signifier un arrosage quotidien en été dans une coupe peu profonde. Le principe reste celui décrit pour l’arrosage d’un bonsaï : on observe le substrat, pas le calendrier.
Pendant la floraison, deux précautions s’ajoutent. Une motte sèche fait faner les fleurs en quelques heures, donc on surveille de près. On arrose au pied, sans mouiller les fleurs, qui brunissent et tombent plus vite quand elles restent humides.
Côté engrais, le cerisier suit le schéma des arbres à fleurs :
- pas d’engrais pendant la floraison, ni dans les semaines qui suivent un rempotage ;
- une fertilisation régulière après la floraison, pour reconstituer les réserves ;
- en été, une formule plus riche en phosphore et en potassium qu’en azote, au moment où les boutons de l’année suivante se forment ;
- un arrêt de l’azote en fin d’été, pour que le bois aoûte avant l’hiver.
Un excès d’azote produit de longues pousses vigoureuses au détriment des boutons floraux. C’est l’une des causes classiques d’un cerisier qui pousse bien mais ne fleurit plus.
Tailler sans supprimer la floraison
C’est le point qui distingue le cerisier de la plupart des feuillus. Ses fleurs naissent sur des rameaux courts portés par le bois de deux ans et plus, et les boutons se forment au cours de l’été précédent. En fin d’hiver, on distingue d’ailleurs les boutons floraux, ronds et dodus, des bourgeons à bois, plus fins et pointus.
Il en découle un calendrier précis :
- Juste après la floraison : taille de structure. On raccourcit les branches trop longues, on supprime celles qui se croisent ou rompent la silhouette.
- De la fin du printemps à l’été : on laisse les nouvelles pousses s’allonger, puis on les raccourcit à deux ou trois feuilles. On garde les rameaux courts, qui porteront les fleurs.
- En hiver : on ne taille pas, sinon on coupe les boutons déjà formés.
Le second impératif tient au bois. Les Prunus cicatrisent mal. Une grosse coupe se referme lentement, laisse souvent une zone de bois mort, et peut déclencher un écoulement de gomme, la gommose. Les plaies sont aussi la porte d’entrée de champignons comme celui du plomb parasitaire, qui donne au feuillage un reflet argenté et fait dépérir les branches.
On en tire trois règles. On taille par temps sec, jamais sous la pluie ni par temps durablement humide. On évite les coupes de fort diamètre : la structure se construit progressivement, par des coupes modestes répétées. Et on recouvre chaque plaie importante d’un mastic cicatrisant. La logique générale de la taille d’entretien et de la taille de structure s’applique, avec ce calendrier décalé.
La ligature est possible au printemps, après la floraison, sur les rameaux encore souples. L’écorce lisse du cerisier marque vite : on contrôle le fil toutes les semaines et on le retire dès qu’il commence à serrer. Les branches épaisses, plus cassantes, se guident plutôt par haubanage.
Rempotage et substrat
Un cerisier en formation se rempote tous les deux ans environ, un sujet âgé tous les trois à cinq ans. La période la plus sûre est la fin de l’hiver, au gonflement des bourgeons, ou juste après la floraison si l’on veut garder les fleurs de l’année. On ne rempote pas un arbre en pleine floraison.
La réduction des racines reste modérée, d’un tiers au plus de la masse racinaire, parce que l’arbre puise dans ses réserves pour fleurir. Le substrat doit drainer vite tout en retenant un peu d’eau, comme pour la plupart des feuillus : un mélange à base d’akadama et de pierre ponce convient bien. Le cerisier tolère un substrat neutre et n’a pas les exigences acides de l’azalée.
Un cerisier fraîchement rempoté se place à l’abri du vent et du plein soleil pendant deux à trois semaines, sans engrais, le temps que les nouvelles racines se forment.
Parasites et maladies à surveiller
Le cerisier attire quelques ravageurs et champignons bien identifiés, qu’il vaut mieux repérer tôt sur un arbre aussi petit.
| Problème | Ce que l’on voit | Que faire |
|---|---|---|
| Pucerons noirs | Jeunes feuilles enroulées et collantes au printemps | Rinçage au jet, suppression des pousses très atteintes |
| Moniliose | Fleurs et rameaux qui brunissent et sèchent d’un coup | Couper les parties atteintes, ne pas mouiller les fleurs |
| Criblure | Taches brunes sur les feuilles, qui se percent de petits trous | Ramasser les feuilles atteintes, aérer l’arbre |
| Gommose | Gouttes de gomme ambrée sur le tronc ou les branches | Chercher la cause : plaie, stress hydrique, coup de froid |
| Plomb parasitaire | Feuillage à reflet argenté, branches qui dépérissent | Couper bien en dessous de la zone atteinte, par temps sec |
Pour les pucerons et les cochenilles, les méthodes de traitement des parasites du bonsaï valent aussi pour le cerisier. La meilleure prévention des maladies reste simple : une bonne exposition au soleil, un arbre aéré, des coupes faites par temps sec, et pas d’eau sur le feuillage le soir.
Questions fréquentes
Le cerisier bonsaï peut-il vivre en intérieur ?
Non. C'est un arbre caduc des régions tempérées, qui a besoin d'un hiver au froid pour entrer en dormance et préparer sa floraison. En appartement, il ne fleurit pas, s'affaiblit et meurt en une ou deux saisons. On peut seulement le rentrer quelques jours dans une pièce fraîche pour profiter de ses fleurs.
Quand tailler un cerisier en bonsaï ?
Juste après la floraison, pour la taille de structure, puis en été pour le pincement et la taille d'entretien des pousses longues. On évite la taille d'hiver, qui supprime les boutons floraux déjà formés, et les coupes par temps humide, qui ouvrent la porte aux champignons.
Pourquoi mon cerisier bonsaï ne fleurit-il pas ?
Les causes les plus fréquentes sont un hiver passé au chaud, une taille d'hiver qui a supprimé les boutons, un manque de soleil l'été précédent ou un excès d'engrais azoté. Un arbre très jeune, ou affaibli par un rempotage sévère, peut aussi sauter une floraison.
Quel cerisier choisir pour un bonsaï ?
Le Prunus incisa 'Kojo-no-mai' est le plus adapté aux petits formats : il reste compact, ramifie en zigzag et fleurit jeune. Le cerisier du Japon, Prunus serrulata, et ses cultivars à fleurs doubles donnent de plus grands sujets, aux fleurs souvent trop grosses pour un petit arbre.
Faut-il arroser un cerisier bonsaï en fleurs ?
Oui, et régulièrement : un substrat sec pendant la floraison fait faner les fleurs en quelques heures. On arrose au pied, sur le substrat, en évitant de mouiller les fleurs, qui tiennent moins longtemps et brunissent plus vite.
Sources et méthode
- Exigences culturales du genre Prunus : besoin en froid hivernal, formation des boutons floraux sur le bois de deux ans et plus
- Documentation phytosanitaire sur les maladies des Prunus ornementaux : moniliose, criblure, plomb parasitaire, gommose
- Pratiques courantes de conduite des feuillus à fleurs en bonsaï : calendrier de taille, pincement, rempotage