En bref

  • Amas blancs cotonneux ou petites carapaces brunes collées aux tiges : ce sont des cochenilles.
  • Feuilles piquetées de points clairs, aspect terne et fines toiles aux aisselles : ce sont des araignées rouges.
  • Dans les deux cas, on commence par le traitement mécanique — coton imbibé d'alcool, douche à l'eau — avant tout produit.
  • La cause commune est presque toujours la même : air trop sec et absence de ventilation, typiques d'une pièce chauffée.

Deux parasites représentent la grande majorité des attaques sur bonsaï d’intérieur. Les cochenilles se voient : amas blancs cotonneux ou petites carapaces brunes. Les araignées rouges ne se voient pas, mais leurs dégâts oui : feuilles piquetées de points pâles et fines toiles. Dans les deux cas, la cause est un air trop sec.

Reconnaître la cochenille

La cochenille est un insecte suceur de sève qui se fixe et ne bouge plus. Deux formes se rencontrent couramment.

La cochenille farineuse forme des amas blancs, cotonneux, qui ressemblent à de la ouate ou à de la moisissure. Elle se cache dans les endroits abrités : aisselles des rameaux, dessous des feuilles, base du tronc, jusque dans la couche supérieure du substrat.

La cochenille à bouclier ressemble à une petite écaille brune, bombée, collée à une tige. On la prend souvent pour une aspérité de l’écorce, jusqu’à ce qu’on la gratte avec l’ongle et qu’elle se détache.

Un troisième signe accompagne souvent les deux : un dépôt collant et brillant sur les feuilles et sur le meuble en dessous. C’est le miellat, un excrétat sucré. Il attire des fourmis et sert de support à un champignon noir, la fumagine, qui salit le feuillage sans le parasiter directement.

Reconnaître l’araignée rouge

Ce n’est pas une araignée mais un acarien, de moins d’un millimètre, souvent plutôt orangé que rouge. À l’œil nu, on ne voit pratiquement rien : on voit ce qu’il fait.

  • Feuilles piquetées d’une multitude de points clairs, comme si l’on avait piqué la feuille à l’aiguille.
  • Aspect terne et gris du feuillage, qui perd son brillant sur toute la plante.
  • Fines toiles très légères aux aisselles des rameaux et sous les feuilles.
  • Chute de feuilles en fin d’infestation, sans jaunissement franc préalable.

Le test le plus fiable coûte une feuille de papier blanc. Tenez-la sous un rameau, tapotez le rameau : de minuscules points se détachent et se mettent à marcher sur le papier. Un grain de poussière ne se déplace pas.

Le tableau de diagnostic

IndiceCochenilleAraignée rouge
Visible à l’œil nuOui, immobileNon, ou à peine
AspectOuate blanche ou écaille brunePoints mobiles sur papier blanc
Dégât sur la feuilleJaunissement, déformationPiqueté clair, aspect terne
ToilesNonOui, fines et légères
Dépôt collantOui, miellatNon
Vitesse d’installationLente, sur des semainesTrès rapide en air chaud et sec

Traiter : le mécanique d’abord

L’ordre importe. On commence toujours par retirer physiquement ce qu’on peut, parce que c’est efficace immédiatement, sans risque pour l’arbre, et que cela réduit la population avant tout autre geste.

Contre la cochenille. Un coton-tige imbibé d’alcool à friction, passé individuellement sur chaque foyer. L’alcool dissout la protection cireuse et tue l’insecte au contact. Sur les grosses branches, une vieille brosse à dents souple accélère le travail. Puis on rince le feuillage à l’eau tiède pour retirer le miellat.

Contre l’araignée rouge. Une douche complète, dessus et dessous des feuilles, à l’eau tiède et avec un peu de pression. L’acarien déteste l’eau et l’humidité ; le simple fait de laver le feuillage élimine une grande partie de la population.

Dans les deux cas, une seule intervention ne suffit jamais. Les œufs résistent, et une nouvelle génération sort quelques jours plus tard. Répétez chaque semaine pendant trois à quatre semaines, même si vous ne voyez plus rien après le premier passage.

Puis, si nécessaire, un produit

Si l’infestation est généralisée ou revient malgré le traitement mécanique, on passe à un produit de traitement.

Les solutions couramment employées sur les plantes en pot sont le savon noir dilué, qui asphyxie les insectes à corps mou, et l’huile de neem, qui perturbe leur cycle de développement. Toutes deux agissent par contact : l’application doit être complète, dessous des feuilles compris, sinon les individus épargnés reconstituent la colonie.

Deux précautions valent d’être respectées. On ne traite pas un arbre en plein soleil, ni un arbre affaibli ou fraîchement rempoté, parce que ces produits stressent le feuillage. Et on teste sur quelques feuilles avant de traiter l’ensemble : certaines espèces à feuillage fin réagissent mal.

Les produits vendus comme insecticides systémiques sont plus radicaux et plus délicats à employer sur un arbre en petit volume de substrat. Si vous y venez, respectez strictement le dosage indiqué sur l’emballage — un surdosage sur un bonsaï se paie sur les racines.

La cause commune : l’air sec

C’est le seul point qui explique pourquoi ces parasites reviennent, et c’est celui que l’on néglige. Les deux prospèrent dans un air chaud, sec et immobile, c’est-à-dire exactement les conditions d’une pièce chauffée en hiver.

Trois corrections, par ordre d’effet.

  1. Ventiler. Une circulation d’air, même faible, gêne considérablement l’araignée rouge. Un arbre placé dans un angle sans mouvement d’air est un arbre exposé.
  2. Éloigner des sources de chaleur sèche. Un bonsaï posé au-dessus d’un radiateur est dans le pire environnement possible.
  3. Sortir l’arbre dès que la saison le permet. L’extérieur apporte l’humidité, le vent et les prédateurs naturels de ces parasites — coccinelles et acariens prédateurs, qui font un travail que nul produit n’égale.

Une réserve nécessaire sur une pratique répandue : vaporiser le feuillage n’humidifie l’air que quelques minutes et ne remplace pas la ventilation. En revanche, poser le pot sur un lit de billes d’argile humides maintient une ambiance localement plus humide, sans mouiller les racines.

Ne pas confondre avec autre chose

Une chute de feuilles n’est pas nécessairement parasitaire, et c’est même rarement le cas. L’excès d’eau, le manque d’eau, un changement d’emplacement ou le cycle normal de l’espèce provoquent les mêmes symptômes visibles. Notre article sur les six causes d’un bonsaï qui perd ses feuilles donne l’ordre dans lequel les vérifier — les parasites y arrivent en sixième position, ce qui reflète leur fréquence réelle.

Un cas particulier revient souvent : le ficus ginseng qui perd ses feuilles dans les semaines suivant l’achat. Ce n’est presque jamais un parasite, mais une adaptation à un nouvel environnement, expliquée dans notre article sur le ficus ginseng.

Enfin, si l’arbre décline sans signe visible sur le feuillage, cherchez du côté des racines et du substrat plutôt que des parasites aériens. Un substrat inadapté asphyxie lentement et produit un arbre affaibli — lequel devient précisément la cible facile des cochenilles.

Questions fréquentes

Comment reconnaître une cochenille d'une araignée rouge ?

La cochenille est visible à l'œil nu et immobile : un amas blanc cotonneux ou une petite carapace brune collée à une tige ou sous une feuille. L'araignée rouge mesure moins d'un millimètre et se repère à ses dégâts, pas à elle-même : feuilles piquetées de points pâles et fines toiles aux aisselles des rameaux.

Peut-on traiter les cochenilles sans produit chimique ?

Oui, et c'est la première chose à faire. Un coton-tige imbibé d'alcool à friction retire les individus un par un et dissout leur protection cireuse. Sur une infestation limitée, cela suffit souvent, à condition de répéter l'opération chaque semaine pendant trois à quatre semaines pour attraper les générations suivantes.

Pourquoi les parasites reviennent-ils toujours ?

Parce qu'on traite les individus visibles sans corriger la cause. L'air sec d'une pièce chauffée et l'absence de circulation d'air favorisent les deux parasites, et les œufs échappent à la plupart des traitements. Sans une seule intervention répétée dans le temps et un changement d'ambiance, la population se reconstitue.

Un bonsaï peut-il mourir d'une attaque de parasites ?

Oui, mais rarement d'un coup. Les deux parasites affaiblissent l'arbre en prélevant la sève, ce qui réduit sa croissance, jaunit son feuillage puis le fait tomber. Un arbre déjà fragilisé par un rempotage ou un mauvais emplacement peut en mourir ; un arbre vigoureux encaisse le temps qu'on intervienne.

Sources et méthode

  • Biologie et modes de développement des cochenilles farineuses, des cochenilles à bouclier et des acariens tétranyques
  • Pratiques de lutte mécanique et biologique en culture de plantes en pot