En bref

  • Le marcottage donne en une saison un sujet avec un tronc déjà épais — ce que la bouture ne donne jamais.
  • On marcotte au printemps, quand la sève monte : de la fin avril à juin selon les régions.
  • L'anneau d'écorce doit faire une à une fois et demie le diamètre de la branche, et être gratté jusqu'au bois.
  • Le nebari se décide au moment de l'incision : c'est le seul moment où l'on choisit d'où partiront les racines.

Le marcottage aérien est la seule technique qui donne un tronc déjà épais en une saison. Là où une bouture démarre à l’épaisseur d’un crayon et met dix ans à grossir, une marcotte prélève une branche de trois, cinq ou huit centimètres de diamètre, avec sa ramification déjà construite.

Le principe : on interrompt la descente de sève élaborée sur une branche, sans couper la montée d’eau. L’arbre continue de nourrir la branche, qui se met à produire des racines juste au-dessus de la blessure.

Pourquoi c’est supérieur à la bouture

Trois différences, et elles sont décisives.

La taille de départ. Une bouture ne dépasse pas quelques millimètres de diamètre. Une marcotte se prélève sur une branche adulte.

La ramification existe déjà. Le marcotteur choisit une branche dont la structure lui plaît : le sujet obtenu a déjà sa silhouette.

Le nebari se décide au moment de l’incision. Les racines partiront exactement là où on a coupé, rayonnant autour du tronc. C’est le seul moment de la vie de l’arbre où l’on choisit son départ de racines — et c’est précisément le caractère le plus long à obtenir autrement, comme nous l’expliquons dans notre page sur l’obtention d’un beau nebari.

En contrepartie, le marcottage abîme l’arbre porteur : on lui prend une branche, et la cicatrice reste. On ne marcotte pas un arbre auquel on tient sans avoir décidé ce qu’il deviendra ensuite.

La saison

Fin avril à juin, quand la sève monte franchement et que l’arbre est en pleine végétation. C’est le moment où l’écorce se décolle facilement du bois, et où la formation de racines est la plus rapide.

En intérieur, sur ficus, la fenêtre est plus large : de mars à septembre, à condition que la plante soit en croissance active.

On ne marcotte pas en automne en extérieur. La marcotte n’aurait pas le temps de s’enraciner avant l’arrêt de végétation, et l’anneau d’écorce resterait une plaie ouverte tout l’hiver. L’automne sert à repérer la branche et à préparer le matériel ; l’intervention attend le printemps. Si l’arbre porteur est un sujet d’extérieur, c’est aussi le moment de vérifier sa protection hivernale — les repères sont dans notre article sur hiverner un bonsaï d’extérieur.

Les espèces, par facilité

EspèceRéponseDélai avant séparation
FicusTrès facile4 à 8 semaines
Orme de ChineFacile6 à 10 semaines
Troène, cotoneasterFacile8 à 12 semaines
Érable du JaponBonne8 à 14 semaines
AzaléeBonne10 à 16 semaines
GenévrierDifficileUne à deux saisons
PinTrès difficileRarement tenté

Les conifères forment peu de racines adventives, ce qui explique leur place en bas de tableau — et rejoint ce que nous disions sur la difficulté du pin en bonsaï.

La méthode, geste par geste

1. Choisir la branche. Un diamètre de deux à huit centimètres, une ramification qui vous plaît, et un point d’incision où le tronc est droit et régulier.

2. Tracer deux entailles circulaires, espacées d’une fois à une fois et demie le diamètre de la branche. Sur une branche de 3 cm, l’anneau fait 3 à 4,5 cm de haut. Trop étroit, l’écorce se reforme et pontera la blessure ; trop large, la branche s’épuise.

3. Retirer l’anneau d’écorce complet, puis gratter le cambium jusqu’au bois. C’est l’étape que tout le monde bâcle, et la première cause d’échec : le moindre résidu de cambium reconstitue l’écorce en trois semaines, et la marcotte ne racine jamais. Grattez au couteau jusqu’à ce que le bois soit sec et blanc, sur toute la circonférence.

4. Appliquer une hormone d’enracinement sur la lèvre supérieure de la coupe, celle d’où partiront les racines. Facultatif sur ficus, utile sur érable, quasi indispensable sur les espèces réticentes.

5. Entourer de sphaigne humide, essorée à la main — humide, pas ruisselante. Une boule bien serrée, qui englobe largement la zone décortiquée et dépasse de 3 à 4 cm de chaque côté.

6. Emballer dans un film plastique, noir ou opaque de préférence, et lier fermement en haut et en bas. L’opacité empêche les algues et garde la sphaigne fraîche. Un film transparent permet en revanche de surveiller les racines sans ouvrir : le compromis consiste à emballer en transparent, puis à recouvrir d’aluminium qu’on soulève pour contrôler.

7. Surveiller l’humidité. Sur une marcotte en plein soleil, la sphaigne sèche en deux semaines. On rouvre le haut du film et on réhumidifie à la seringue si besoin.

Séparer au bon moment

Les racines doivent être visibles et remplir la boule, pas seulement apparues. Deux à quatre mois selon l’espèce.

La séparation se fait à la scie, juste sous la masse racinaire, d’un coup net. On retire ensuite le film, sans toucher à la sphaigne : elle sera colonisée par les racines, et la démêler les casserait.

Empotage immédiat, dans un pot de culture profond, avec un substrat minéral drainant — la logique est exactement celle que nous défendons dans notre page sur pourquoi le terreau tue les bonsaïs. On remplit autour de la boule de sphaigne sans l’écraser.

Les trois semaines qui suivent décident. La marcotte vient de perdre l’alimentation de l’arbre porteur et n’a que de jeunes racines. Ombre légère, pas de vent, pas d’engrais, arrosage régulier sans excès. On réduit aussi le feuillage d’un tiers pour équilibrer la demande en eau avec la capacité racinaire.

Les quatre erreurs qui condamnent une marcotte

Un cambium mal gratté. L’écorce se reforme, rien ne se passe, et on s’en aperçoit trois mois plus tard.

Un anneau trop étroit. Même résultat, par pontage.

Une sphaigne détrempée. Elle pourrit, et la branche avec.

Une séparation trop précoce. Quelques racines visibles à travers le film ne suffisent pas à nourrir une branche entière. Dans le doute, on attend trois semaines de plus : la marcotte ne risque rien à rester en place.

Et après

Le sujet obtenu est un arbre jeune par ses racines et adulte par son tronc. La première année, on ne fait rien : ni taille de structure, ni ligature, ni rempotage. On laisse pousser.

L’année suivante commence le vrai travail de mise en forme, avec la distinction entre taille d’entretien et taille de structure que nous détaillons dans notre page sur la taille du bonsaï, puis la ligature quand les branches sont assez lignifiées.

Si vous hésitez entre marcotter et bouturer, la question se tranche simplement : la bouture multiplie, le marcottage fait gagner du temps sur le tronc. Les deux sont complémentaires — nous avons détaillé la première dans notre guide sur le bouturage d’un bonsaï.

Questions fréquentes

Quelle différence entre marcottage et bouturage ?

La bouture est détachée puis doit produire des racines seule, avec ses seules réserves. La marcotte reste nourrie par l'arbre pendant qu'elle s'enracine : on ne la sépare qu'une fois les racines formées. C'est ce qui permet de prélever une branche bien plus grosse.

Combien de temps avant de séparer la marcotte ?

De deux à quatre mois selon l'espèce et la saison. On sépare quand les racines sont visibles à travers le film et remplissent la boule de sphaigne. Séparer trop tôt est la cause d'échec la plus fréquente.

Peut-on marcotter en automne ?

C'est déconseillé en extérieur : la marcotte n'aura pas le temps de s'enraciner avant l'arrêt de végétation, et l'anneau d'écorce restera une plaie ouverte tout l'hiver. On prépare en automne, on marcotte au printemps.

Quelles espèces marcottent le mieux ?

Ficus, orme de Chine, érable, troène, cotoneaster et azalée répondent très bien. Le genévrier et le pin sont difficiles : ils forment peu de racines adventives, et le marcottage sur conifère demande une patience de plusieurs saisons.

Sources et méthode

  • Techniques de multiplication végétative par marcottage aérien employées en pépinière et en culture de bonsaï
  • Comportement des espèces ligneuses courantes à la formation de racines adventives