En bref

  • La bouture reproduit exactement le pied-mère : mêmes feuilles, même vigueur, même comportement. Le semis, non.
  • Ficus, orme de Chine, saule, troène, cotoneaster et érable racinent facilement ; pin et genévrier presque jamais.
  • Bouture herbacée en juin, bouture semi-aoûtée en août-septembre, bouture de bois sec en hiver.
  • Le substrat de bouturage ne doit contenir aucune matière organique : sable, pouzzolane fine ou akadama tamisée.

La bouture est la manière la plus directe d’obtenir un bonsaï à partir d’un arbre qu’on connaît déjà. Elle reproduit à l’identique le pied-mère — taille de feuille, vigueur, couleur d’automne, comportement à la taille — là où un semis donne un individu nouveau, dont on ne saura rien avant dix ans. Sur un érable à petites feuilles ou un troène à floraison abondante, c’est un avantage décisif.

Elle fait aussi gagner trois à cinq ans. Une bouture démarre avec du bois formé et une maturité physiologique déjà acquise ; un semis traverse d’abord une phase juvénile pendant laquelle il pousse droit, sans ramification intéressante.

Les espèces, classées par facilité

Toutes les essences ne se bouturent pas, et l’écart est considérable.

EspèceRepriseSaison de prélèvement
Ficus retusa, ficus ginsengTrès facileToute l’année en intérieur chaud
SauleTrès facileFin d’hiver, bois sec
Orme de ChineFacileJuin, bois semi-aoûté
TroèneFacileJuin à septembre
Cotoneaster, pyracanthaFacileAoût-septembre
Érable du JaponMoyenneJuin, bois de l’année qui plie sans casser
Buis, azaléeMoyenneAoût
GenévrierDifficileAutomne, sous châssis
PinQuasi impossibleMultiplication par semis ou greffe

Le pin est le cas d’école : c’est précisément parce qu’il ne se bouture pas qu’un pin de qualité vaut plusieurs fois le prix d’un orme comparable. Nous détaillons ses exigences propres dans notre page sur le pin en bonsaï.

Les trois types de bouture

Ce qui change, c’est l’état du bois prélevé — et donc la saison.

La bouture herbacée se prélève en juin, sur une pousse tendre de l’année qui n’a pas encore durci. Elle racine vite, en trois à cinq semaines, mais se déshydrate en quelques heures si l’air est sec. C’est celle qui demande le plus de vigilance sur l’hygrométrie.

La bouture semi-aoûtée se prélève en août et septembre, sur du bois de l’année qui commence à se lignifier : il plie encore sans casser net. C’est le meilleur compromis pour la plupart des feuillus, et c’est la fenêtre qui s’ouvre en ce moment. La reprise est plus lente, six à dix semaines, mais le taux de réussite est meilleur.

La bouture de bois sec se prélève en fin d’hiver, sur du bois d’un an totalement lignifié et sans feuille. Elle ne fonctionne bien que sur les espèces très faciles — saule, troène, certains cornouillers — mais elle a l’avantage de ne demander aucune gestion de l’évaporation.

Le geste de prélèvement

Longueur : 8 à 15 cm, avec trois à cinq nœuds. Plus long, la bouture s’épuise à alimenter du feuillage qu’elle ne peut pas nourrir ; plus court, elle manque de réserves.

Coupe basse nette, juste sous un nœud. C’est là que se concentrent les cellules capables de produire des racines. Une lame propre et affûtée, pas une pince qui écrase : une section broyée cicatrise mal et pourrit.

Retirer les feuilles du tiers inférieur, celles qui se retrouveraient enterrées. Sur les feuilles restantes, si elles sont grandes, coupez-les de moitié : on réduit l’évaporation sans supprimer la photosynthèse.

Repiquer immédiatement. Une bouture qui attend vingt minutes sur un établi a déjà perdu une partie de ses chances. Préparez le substrat avant de couper.

Le substrat : aucune matière organique

C’est l’erreur la plus fréquente. Une bouture n’a pas de racines : elle ne peut rien absorber, et un substrat riche ne lui sert à rien. Il ne fait qu’entretenir l’humidité stagnante et les champignons.

Le mélange qui fonctionne est minéral et drainant :

  • sable de rivière lavé, gros grain ;
  • pouzzolane tamisée en 1-3 mm ;
  • ou akadama fine, seule ou coupée de sable.

C’est exactement la logique que nous développons dans notre article sur pourquoi le terreau tue les bonsaïs : ce qui compte pour une racine, c’est l’air autour d’elle, pas les nutriments.

Profondeur d’enfoncement : un tiers de la bouture, pas davantage. Tassez légèrement autour pour qu’il n’y ait pas de poche d’air contre la section coupée.

Maintenir l’humidité sans noyer

Une bouture perd de l’eau par ses feuilles et ne peut pas en reprendre par le bas. Tout l’enjeu tient dans cet équilibre.

Hygrométrie de l’air élevée. Une cloche, un sac plastique transparent tendu sur des arceaux, ou une mini-serre. Aérez dix minutes par jour pour éviter la condensation stagnante, qui fait pourrir les feuilles.

Substrat humide, jamais détrempé. Il doit rester frais au toucher sans qu’on puisse en exprimer de l’eau. Un substrat minéral pardonne beaucoup ici, un terreau ne pardonne rien.

Lumière vive, jamais de soleil direct. Sous cloche, le soleil direct fait monter la température de dix degrés en quelques minutes et cuit la bouture.

Pas d’engrais. Rien avant que les racines soient formées. L’engrais sur une bouture sans racines brûle la base et accélère la pourriture. Les repères d’apport reprennent leur sens seulement après la reprise, et nous les avons détaillés dans notre guide sur l’engrais pour bonsaï.

Reconnaître une reprise

Trois signes, dans cet ordre :

  1. La bouture reste turgescente. Les feuilles ne flétrissent pas au bout de deux semaines. C’est nécessaire, pas suffisant : une bouture peut rester verte plusieurs semaines sur ses réserves.
  2. Une résistance apparaît à la traction. Tirez très légèrement : si la bouture résiste, des racines la retiennent.
  3. Une nouvelle pousse démarre. C’est le seul signe certain. Une bouture qui débourre a un système racinaire qui l’alimente.

Ne déterrez jamais une bouture pour « vérifier ». Les jeunes racines mesurent quelques millimètres, elles sont cassantes, et le contrôle suffit à les détruire.

Les deux ans qui suivent

Première saison : on ne touche à rien. La bouture reste dans son godet de bouturage, à l’ombre légère, avec un premier engrais très dilué à partir du moment où elle pousse franchement.

Premier hiver : protection. Une bouture de l’année n’a pas de réserves racinaires et gèle bien plus facilement qu’un arbre établi. Un châssis froid, une serre non chauffée, ou un pied de mur orienté au nord suffisent — la logique est celle décrite dans notre page sur hiverner un bonsaï d’extérieur, en plus prudent.

Printemps suivant : premier rempotage dans un pot de culture, en taillant les racines qui partent en spirale. C’est aussi le moment de décider de la ligne de l’arbre, avant que le tronc ne se fige — les principes sont ceux du rempotage classique d’un bonsaï.

Deuxième et troisième années : culture en pleine terre ou en grand pot pour grossir le tronc. Un tronc ne grossit pas dans un pot à bonsaï, il grossit quand on laisse l’arbre pousser librement.

Ce que la bouture ne donnera jamais

Une précision honnête pour finir. Une bouture donne un arbre sain, identique au pied-mère, et rapide à mettre en forme. Elle ne donne pas un tronc épais, ni un nebari rayonnant, ni l’écorce craquelée d’un arbre âgé. Ces caractères se construisent ensuite, sur dix à vingt ans de culture, et le départ de racines se travaille dès les premiers rempotages — c’est le sujet de notre page sur obtenir un beau nebari.

Bouturer, c’est gagner du temps sur le matériel végétal. Pas sur le temps de l’arbre.

Questions fréquentes

Une bouture donne-t-elle un bonsaï plus vite qu'un semis ?

Oui, de trois à cinq ans en général. La bouture démarre avec du bois déjà formé et une maturité physiologique acquise, quand le semis doit passer par une phase juvénile pendant laquelle le tronc grossit sans caractère. Sur les espèces à floraison, la bouture fleurit aussi beaucoup plus tôt.

Peut-on bouturer un pin ou un genévrier ?

Le genévrier se bouture, difficilement et lentement, avec des taux de reprise faibles hors conditions contrôlées. Le pin ne se bouture pratiquement pas : il se multiplie par semis ou par greffe. C'est l'une des raisons pour lesquelles les pins de qualité coûtent cher.

Faut-il de l'hormone de bouturage ?

Pas sur les espèces faciles comme le ficus, le saule ou l'orme de Chine, qui racinent seuls. Sur les espèces ligneuses plus réticentes, une hormone à base d'auxine améliore nettement le pourcentage de reprise et la régularité de l'enracinement.

Quand transplanter une bouture racinée ?

Pas avant que les racines aient rempli le volume du godet, ce qui demande une saison complète. Une bouture déplacée trop tôt perd ses jeunes racines, qui sont fragiles et cassantes. Le premier vrai rempotage attend le printemps suivant.

Sources et méthode

  • Pratiques de multiplication végétative documentées en pépinière ornementale et en culture de bonsaï
  • Observations de reprise sur espèces ligneuses courantes en climat tempéré français